Vingt-deux heures quinze, un jeudi soir. Bruno, électricien à Cergy depuis douze ans, vient de finir un rendez-vous chez une cliente qui refait sa cuisine. Elle lui a demandé un devis pour la mise aux normes du tableau et l'ajout de six prises. Sur le pas de la porte, en serrant la main, elle a glissé : « Vous me l'envoyez quand, le devis ? » Bruno a répondu « cette semaine ». Sauf qu'on est déjà jeudi, qu'il a deux dépannages vendredi, un chantier samedi matin et que dimanche il a promis à sa femme de ne pas toucher l'ordinateur.
Cette scène, on la connaît tous. Le délai pour envoyer un devis à un client, c'est rarement un sujet qu'on traite à froid. C'est une promesse faite sur un trottoir, une case mentale qui tourne pendant qu'on roule, une culpabilité du dimanche soir. Pourtant c'est un vrai sujet pro : il y a des obligations, des usages, des règles qui changent selon le métier et le type de client. Et il y a surtout une réalité commerciale : un devis envoyé à J+10, ce n'est pas le même devis qu'un devis envoyé à J+2.
Voici les 7 questions qui reviennent le plus souvent en réunion Capeb ou autour d'un café de chantier, traitées une par une, sans détour.
1. Y a-t-il un délai légal pour envoyer un devis à un client ?
La réponse va surprendre certains confrères : non, il n'existe pas de délai légal général imposant à un artisan d'envoyer son devis dans X jours après une visite de chantier. Le Code de la consommation (articles L.111-1 et R.111-1) impose au professionnel de fournir au consommateur, avant la conclusion du contrat, une information précontractuelle claire — dont le prix. Mais il ne fixe pas de compteur démarrant à la sortie du rendez-vous.
En clair : tant que le client n'a pas signé, tant qu'aucun contrat n'est formé, vous n'êtes pas en infraction si vous mettez 5 jours, 10 jours ou 3 semaines à envoyer votre devis. Vous risquez juste de perdre le chantier.
Les exceptions qui imposent un devis obligatoire
Attention quand même : pour certaines prestations, le devis lui-même est obligatoire, même si son délai d'envoi ne l'est pas. C'est le cas notamment :
- des travaux de dépannage, réparation et entretien dans le secteur du bâtiment et de l'équipement de la maison au-delà d'un certain seuil (arrêté du 24 janvier 2017) ;
- des prestations funéraires, déménagements, services à la personne ;
- des prestations supérieures à 1 500 € TTC dans certains cas spécifiques.
Et bien sûr, si vous vous êtes engagé par écrit ou par SMS à fournir un devis dans un délai précis, cet engagement vous lie commercialement. Un « je vous l'envoie demain » par texto, ce n'est pas anodin.
2. Quel est le délai « raisonnable » pour rester crédible commercialement ?
Là on quitte le droit pour entrer dans le métier. Et le métier, c'est implacable : selon les retours terrain partagés en réunion Capeb, passé 7 jours, le taux de signature s'effondre. Ce n'est pas une statistique officielle, c'est un ordre de grandeur que la plupart des confrères confirment.
La fenêtre idéale, c'est entre 24 et 72 heures après le rendez-vous. À ce moment-là, le client a encore en tête votre visage, votre voix, les explications que vous lui avez données sur le chantier. Il compare encore mentalement. Vous êtes premier sur la pile.
Passé une semaine, plusieurs choses arrivent en même temps : un confrère est passé, le conjoint a dit « rappelle-le pour relancer », ou pire — l'envie de faire les travaux est retombée. On bascule de « projet chaud » à « on verra plus tard ».
Le piège du « parfait »
Beaucoup d'artisans mettent une semaine à envoyer leur devis parce qu'ils veulent qu'il soit parfait : descriptif béton, fournitures détaillées, schéma joint. C'est louable. Mais un devis envoyé à J+2 avec un descriptif à 90 % vaut mieux qu'un devis envoyé à J+8 avec un descriptif à 100 %. Le client signe d'abord celui qui arrive en premier — à condition qu'il soit clair et professionnel. Mieux vaut un devis correct et rapide qu'un chef-d'œuvre en retard.
3. Comment annoncer au client le délai d'envoi de son devis ?
Sur le pas de la porte, quand le client demande « c'est pour quand le devis ? », la pire des réponses c'est « bientôt » ou « rapidement ». Trop flou. Le client n'a aucun repère et c'est vous qui vous mettez en difficulté.
La bonne pratique : annoncer une date précise, mais avec une marge. Par exemple :
« Je vous envoie le devis par mail mardi en fin de journée. Si vous ne l'avez pas reçu mercredi matin, n'hésitez pas à me relancer par SMS. »
Cette formulation a trois avantages : vous fixez un cap clair, vous montrez que vous êtes organisé, et vous autorisez la relance — ce qui rassure énormément les clients particuliers qui n'osent pas embêter l'artisan.
Tenir parole, même si c'est tard
Si vous avez dit mardi, envoyez mardi. Même si c'est à 22h47. Même si le devis n'est pas parfait. Le client retient deux choses : la date annoncée et la date reçue. Un devis envoyé pile dans le délai promis, c'est déjà 50 % du travail commercial fait. Ça envoie le signal : cet artisan, il fait ce qu'il dit.
À l'inverse, un devis qui arrive avec 4 jours de retard sans un mot d'explication, c'est un mauvais départ. Le client se dit qu'il en sera pareil pour le chantier — les délais, les rendez-vous, les retours d'appel.
4. Pourquoi le délai pour envoyer un devis à un client s'allonge-t-il autant ?
Posons-nous la vraie question : pourquoi un artisan compétent met-il parfois 8 ou 10 jours à envoyer un devis qu'il sait chiffrer en 20 minutes ?
Parce que le devis, c'est du travail invisible. Le métré, le chiffrage des fournitures, la rédaction propre, la mise en page, l'envoi — tout ça se fait après le chantier de la journée. Le soir. Sur le coin du bureau. Avec les enfants qui demandent à dîner et le téléphone qui sonne pour un dépannage de demain.
Selon les ordres de grandeur partagés en réunion pro, un artisan du bâtiment passe en moyenne 30 à 90 minutes par devis, à raison de 5 à 15 devis par semaine selon l'activité. Faites le calcul : ça fait facilement 5 à 10 heures hebdomadaires de paperasse non facturée, posées sur les soirées et le dimanche.
Le cercle vicieux du retard
Plus on accumule les devis en retard, plus la tâche devient écrasante. Quand on a 6 devis à taper qui traînent depuis 4 jours, on n'a plus envie de s'y mettre. On reporte. Et chaque jour qui passe, c'est un client qui appelle un confrère.
C'est précisément pour casser ce cercle que des outils comme Mon Devis Vocal permettent de dicter le devis à la voix juste après le rendez-vous, dans la camionnette. Le devis est rédigé pendant que le client a encore le sourire du « on vous attend ». À voir comment ça marche concrètement sur la démo Mon Devis Vocal en vidéo.
5. Faut-il indiquer une durée de validité du devis ? Et combien ?
Oui, c'est même une mention obligatoire sur tout devis professionnel, au titre de la norme NF P03-001 et du Code de la consommation. La durée de validité protège l'artisan : passé ce délai, vous n'êtes plus engagé sur les prix annoncés, ce qui est crucial quand le cuivre, le PER ou le placo bougent.
Les durées habituelles selon le métier
- Plomberie / chauffage / électricité : 1 à 3 mois selon la volatilité des matériaux ;
- Peinture / revêtements de sol : 2 à 3 mois en général ;
- Gros œuvre / maçonnerie : 3 mois, parfois jusqu'à 6 mois pour les gros chantiers ;
- Menuiserie sur mesure : 1 à 2 mois, car les délais fournisseurs varient.
L'erreur fréquente, c'est de mettre « devis valable 3 mois » par défaut sur tous les devis, sans réfléchir. Si le client signe au bout de 11 semaines et que le prix du cuivre a pris 18 % entre temps, c'est vous qui mangez la différence.
Mention recommandée
Une formulation type :
« Devis valable 30 jours à compter de la date d'émission. Au-delà, les prix unitaires de la main-d'œuvre et des fournitures pourront être révisés selon les conditions du marché. »
Simple, clair, juridiquement propre. Le client comprend que ce n'est pas un caprice mais une protection contre la flambée des matières premières — ce qu'il accepte d'autant mieux qu'il l'a vu lui-même en faisant ses courses.
6. Que faire si le client n'a toujours pas répondu après le devis ?
Voilà la deuxième moitié de la question du délai : une fois envoyé, on attend combien de temps avant de relancer ? Là encore, il n'y a pas de règle légale, mais des usages qui marchent.
La règle des 3 temps
- J+3 à J+5 : un SMS court et neutre. « Bonjour Mme Dupont, je m'assure que vous avez bien reçu le devis envoyé lundi. Restant disponible pour toute question. Cordialement, Bruno. »
- J+10 à J+14 : un appel téléphonique. Pas un mail, pas un SMS — un vrai appel. Le client vous dira en 30 secondes s'il hésite, s'il compare, ou s'il a renoncé.
- J+21 : une dernière relance. Si toujours rien, classez le dossier en « non donné suite ». Ce n'est pas du temps perdu, c'est du temps libéré pour les prospects chauds.
Selon les retours terrain de la profession, le ratio devis envoyés / devis signés tourne autour de 1 sur 3 à 1 sur 5 dans le bâtiment. Autrement dit, sur 10 devis envoyés, 2 à 3 signent, 7 à 8 ne donnent pas suite. C'est statistique, ce n'est pas personnel. La relance bien faite peut faire basculer un ou deux dossiers de plus, pas davantage.
Garder une trace écrite
Notez chaque relance dans votre logiciel (Batigest, EBP, Codial, Obat, Henrri…) ou même sur un simple carnet. En cas de signature 2 mois plus tard, vous saurez où en est le dossier. Et en cas de litige, l'historique vous protège.
7. Comment réduire concrètement le délai d'envoi d'un devis ?
C'est la vraie question commerciale. Si vous voulez passer de J+8 à J+2 sans y laisser vos soirées, il faut s'attaquer aux causes du retard.
Trois leviers qui marchent
1. Préparer une trame de devis-type par prestation courante. Sur 80 % de votre activité, vous faites toujours les mêmes 10 à 15 interventions. Préparez une bibliothèque d'ouvrages avec libellés, unités et prix unitaires. Vous gagnez 70 % du temps de saisie. Tous les logiciels métiers permettent ça.
2. Chiffrer pendant ou juste après le rendez-vous. Le métré dans le téléphone, les notes vocales, une photo du tableau électrique — tout ce qui évite de devoir reconstituer le chantier le soir. La mémoire à chaud, c'est 10x plus précis et 10x plus rapide.
3. Faire la rédaction à voix haute. Au lieu de taper sur un clavier le soir, certains confrères dictent leur devis dans la camionnette, juste après le rendez-vous. C'est précisément le principe des fonctionnalités du devis vocal : vous racontez le chantier, l'outil structure le devis avec les mentions légales et vous le relisez à tête reposée avant de l'envoyer.
Le devis reste votre responsabilité
Petit rappel important : qu'on utilise un logiciel classique, une trame Word ou un outil vocal, le devis reste un document que c'est vous qui signez et qui engage votre entreprise. Un outil aide à produire vite, mais la relecture, le contrôle des prix et la conformité légale, c'est votre boulot. Pour qui MDV est fait : artisans qui veulent gagner du temps, pas déléguer leur responsabilité.
En conclusion
Le délai pour envoyer un devis à un client, ce n'est pas une question juridique — c'est une question de métier. À retenir en trois points :
1. Légalement, aucun délai imposé pour envoyer le devis lui-même, mais des mentions obligatoires (dont la durée de validité) à respecter scrupuleusement. 2. Commercialement, la fenêtre d'or se situe entre 24 et 72 heures après le rendez-vous. Au-delà de 7 jours, le taux de signature chute fortement selon les retours terrain. 3. Le vrai problème, ce n'est pas le délai en lui-même : c'est la charge mentale du soir et du dimanche qui fait s'accumuler les devis en retard.
L'action immédiate : reprenez les devis en attente dans votre logiciel, classez-les par âge, et traitez en priorité ceux de moins de 7 jours. Pour les plus anciens, un appel honnête vaut mieux qu'un mail tardif. Et pour la suite, posez-vous la vraie question : qu'est-ce qui fait que vous mettez X jours à envoyer ? La réponse, c'est là que se trouve votre gain.