Vingt-deux heures, un dimanche soir. Yann, plaquiste auto-entrepreneur depuis trois ans à Pontoise, est sur la table de la cuisine avec son ordi. Il a quatre devis en retard, un client particulier qui relance par SMS, et un modèle Word téléchargé en 2022 sur on ne sait plus quel forum. Il copie-colle les lignes du devis précédent, change deux montants, oublie la mention de TVA en franchise, exporte en PDF et envoie. Le lendemain, le client lui pose trois questions sur les délais et la garantie. Il ne sait pas trop quoi répondre, parce que rien n'est écrit dans le document.
Ce scénario, on le voit toutes les semaines dans la profession. Pas parce que les artisans sont laxistes — au contraire, ils bossent souvent 60 heures. Mais parce qu'ils n'ont jamais eu le temps de poser un vrai modèle de devis, propre, légal, et qui leur fait gagner du temps à chaque nouvelle affaire.
L'objectif de ce guide : vous donner, étape par étape, un modèle de devis auto-entrepreneur 2026 carré. Mentions légales à jour, structure qui passe partout (particuliers comme syndics), bons réflexes pour la TVA en franchise, et calculs de prix qui ne vous flinguent pas la marge. À la fin, vous aurez de quoi monter votre propre trame, ou au moins comprendre ce que doit absolument contenir celle que vous utilisez déjà.
1. Comprendre ce qu'un devis doit faire (avant même de le rédiger)
Avant de parler mise en page, on remet l'église au milieu du village. Un devis, ce n'est pas un papier administratif. C'est un contrat. Une fois signé par le client, il vous engage tous les deux : vous à exécuter ce qui est écrit, lui à payer ce qui est chiffré.
Concrètement, votre devis a trois fonctions :
- Protéger juridiquement : en cas de litige, c'est le document que regarde le médiateur de la consommation, l'assurance ou le juge.
- Vendre : un devis clair, structuré, avec les bonnes mentions, rassure le client et augmente vos chances de signature. Selon les retours terrain de la profession, le ratio devis envoyés / devis signés tourne souvent autour de 1 sur 3 à 1 sur 5 selon le métier et la zone — une partie se joue sur la qualité du document lui-même.
- Cadrer la prestation : ce qui est écrit est dû, ce qui n'y est pas, c'est de l'avenant. C'est votre meilleure protection contre le "vous m'aviez dit que…".
Devis obligatoire ou pas ?
Pour un particulier, le devis écrit est obligatoire dans plusieurs cas, notamment dès que les travaux dépassent 1 500 € TTC, ou systématiquement pour certains secteurs comme le dépannage à domicile, le déménagement ou les services à la personne (arrêtés ministériels en vigueur). Dans le doute, faites-en un. Toujours. C'est aussi votre meilleur outil de négociation et de mémoire.
Et oui, même en auto-entreprise, le devis a la même valeur juridique que celui d'une SARL. La forme juridique ne change rien : ce qui compte, c'est ce qui est écrit dans le document.
2. Les mentions obligatoires d'un modèle de devis auto-entrepreneur 2026
C'est la partie qu'on lit en diagonale et qu'on oublie. Pourtant, un devis auquel il manque une mention peut être contesté, voire invalidé. Voici la liste à jour pour un modèle de devis auto-entrepreneur 2026, fondée sur le Code de la consommation (art. L.111-1 et R.111-1) et la norme NF P03-001 pour le bâtiment.
Sur l'en-tête
- Nom et prénom de l'auto-entrepreneur (ou nom commercial s'il existe).
- Adresse complète du siège.
- Numéro SIRET.
- Code APE / NAF.
- Téléphone et email professionnels.
- Pour les artisans inscrits au répertoire des métiers : numéro RM et ville du CFE.
Sur le devis lui-même
- Date de rédaction du devis.
- Numéro de devis (numérotation chronologique sans saut).
- Identité complète du client (nom, adresse, et SIRET si pro).
- Détail des prestations : nature, quantité, prix unitaire HT, total HT par ligne.
- Total HT, TVA (ou mention de franchise — voir section 4), total TTC.
- Durée de validité du devis (souvent 1 à 3 mois).
- Date ou délai de début, durée prévue des travaux.
- Modalités de paiement (acompte, échéances, mode de règlement).
- Mention « Devis gratuit » ou « Devis payant — montant ».
- Conditions de service après-vente, garanties applicables.
Sur le bas de page
- Mention de l'assurance professionnelle obligatoire (notamment décennale pour le bâtiment) : nom de l'assureur, numéro de contrat, zone de couverture.
- Mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » si vous êtes en franchise.
- Coordonnées du médiateur de la consommation (obligatoire pour les pros qui travaillent avec des particuliers).
- Pénalités de retard et indemnité forfaitaire de recouvrement (40 €) — surtout pour les clients pros.
- Mention « Bon pour accord », date et signature du client.
On vous l'accorde, c'est dense. Mais ces mentions s'écrivent une fois dans votre modèle, et roulent ensuite sur tous vos devis. Le coût de l'oubli, lui, se paie cash en cas de litige.
3. La structure type d'un devis qui se signe
Maintenant qu'on a les briques légales, on monte la maison. Voici la structure que vous retrouvez chez 90 % des artisans qui ont un devis carré, qu'ils soient peintres, électriciens, multi-services ou prestataires de services.
En-tête (haut de page)
À gauche : votre identité pro complète. À droite : identité du client. Centré ou à droite : numéro de devis, date d'émission, durée de validité.
Objet du devis (1 à 3 lignes)
Une description courte mais explicite : « Réfection complète d'une salle de bain de 6 m², dépose ancienne installation, fourniture et pose carrelage et sanitaires ». Pas « travaux salle de bain ». La précision protège.
Tableau de prestations
C'est le cœur du document. Une ligne par poste, avec : description, quantité, unité (m², ml, h, forfait), prix unitaire HT, total HT. Distinguez bien :
- la main-d'œuvre (heures × taux horaire),
- les fournitures (matériaux, consommables),
- le déplacement si vous le facturez à part,
- les options (clairement notées « option » et non comprises dans le total).
Évitez le piège du forfait global de 4 800 € sans détail : un client qui ne voit pas le détail négocie au pifomètre, et vous, vous ne pouvez plus défendre vos lignes.
Totaux et TVA
Total HT, TVA (ou mention de franchise), total TTC. Si vous êtes assujetti et que vous appliquez la TVA réduite (10 % ou 5,5 % en bâtiment sur logements de plus de 2 ans), précisez-le sur la ligne concernée et joignez l'attestation simplifiée signée par le client.
Conditions et signature
Acompte demandé (souvent 30 %), modalités de règlement, délai d'exécution, garanties, médiateur, mention « Bon pour accord » avec date et signature manuscrite du client. Le client doit aussi parapher chaque page du devis pour engager l'ensemble du document — détail oublié 9 fois sur 10.
Vous voulez gagner du temps sur cette étape sans sacrifier la rigueur ? La démo Mon Devis Vocal en vidéo montre comment on dicte un devis depuis le chantier et on récupère un PDF prêt à envoyer, mentions légales déjà en place.
4. TVA, franchise, taux réduits : ne pas se planter en 2026
C'est la zone où l'on voit le plus d'erreurs, surtout en début d'activité. Petit récap clair pour un modèle de devis auto-entrepreneur 2026.
Vous êtes en franchise de TVA
Vous restez en dessous des seuils de chiffre d'affaires applicables à votre activité (les seuils ont fait l'objet de plusieurs ajustements ces dernières années — vérifiez le seuil en vigueur sur impots.gouv.fr ou auprès de votre comptable avant d'éditer un devis). Dans ce cas :
- Pas de TVA facturée.
- Mention obligatoire sur le devis : « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ».
- Pas de récupération de TVA sur vos achats — c'est le revers de la médaille.
Vous êtes assujetti à la TVA
Vous avez dépassé les seuils, ou vous avez opté volontairement pour la TVA. Vos devis doivent indiquer le taux appliqué, le montant de TVA, et le total TTC. Pour les travaux dans le bâtiment, vous avez trois taux possibles selon la nature de la prestation :
- 20 % : taux normal, par défaut.
- 10 % : travaux d'amélioration, transformation, aménagement et entretien sur logements de plus de 2 ans.
- 5,5 % : travaux d'amélioration de la performance énergétique (isolation, pompe à chaleur, chaudière éligible…) sur logements de plus de 2 ans.
Pour appliquer le 10 % ou le 5,5 %, vous devez impérativement faire signer au client une attestation simplifiée avant la fin des travaux. Sans ce papier, l'administration peut vous redresser sur le différentiel.
Erreur fréquente
« J'ai mis 10 % par habitude sur un logement neuf de moins de 2 ans. Le client a payé, mais je me suis fait reprendre 2 ans plus tard. La différence est sortie de ma poche. »
C'est le genre de boulette qui coûte cher. Quand vous montez votre modèle, prévoyez un encadré « TVA applicable » que vous remplissez consciemment à chaque devis — et pas en mode pilote automatique.
5. Calculer ses prix sans se faire bouffer la marge
Un devis bien rédigé qui chiffre mal, ça reste un devis perdant. Voici la méthode de base, celle qu'on utilise depuis vingt ans sur les chantiers, valable pour la plupart des activités d'auto-entreprise (services, bâtiment, multi-services).
Étape 1 — Le déboursé sec
C'est ce que la prestation vous coûte vraiment, hors marge. On additionne :
- la main-d'œuvre (vos heures × votre coût horaire réel),
- les fournitures et consommables,
- le déplacement (carburant + temps de trajet),
- les sous-traitants éventuels.
Étape 2 — Le coefficient de vente
Vous appliquez un coefficient sur le déboursé sec pour couvrir vos frais généraux (assurances, téléphone, comptable, outils, véhicule, formation, cotisations) et dégager une marge nette. Pour un auto-entrepreneur, on tourne souvent autour de 1,3 à 1,8 selon l'activité — c'est un ordre de grandeur terrain, pas une règle universelle. Faites votre propre calcul, idéalement avec votre comptable ou un conseiller Capeb / CMA.
Étape 3 — Le déplacement
C'est le poste le plus sous-évalué. Un déplacement à 30 km aller-retour, ce n'est pas seulement le carburant : c'est aussi 1 heure de votre temps non productif, l'amortissement du véhicule, l'assurance pro, la maintenance. Beaucoup d'auto-entrepreneurs facturent 0,50 € / km tout compris ou un forfait déplacement clair. Là encore, faites tourner les chiffres sur votre cas réel.
Étape 4 — Les imprévus
Sur un chantier de rénovation, prévoyez une ligne « aléas chantier » ou « travaux supplémentaires sur devis complémentaire ». Vous évitez d'absorber gratuitement la cloison pourrie qu'on découvre une fois le placo arraché.
Erreur à éviter
Recopier le devis du voisin ou le tarif d'un confrère « parce que ça passe ». Vos charges, votre matériel, votre zone de chalandise ne sont pas les siens. Le bon prix, c'est le vôtre, calculé sur vos chiffres. Pour creuser ce volet, jetez un œil au blog Mon Devis Vocal : il y a plusieurs articles dédiés au chiffrage et à la marge.
6. Du modèle Word au devis dicté en 3 minutes
On a vu la théorie. Reste la vraie question : comment on tient ce modèle de devis auto-entrepreneur 2026 dans le quotidien d'un artisan qui bosse 50 heures par semaine et qui n'a pas envie de passer ses dimanches devant un tableur ?
Option 1 — Le modèle Word ou Excel
Gratuit, customisable, mais chronophage à remplir et facile à bricoler. Vous ouvrez le fichier, vous écrasez les anciennes lignes, vous risquez l'oubli de mention. Acceptable au démarrage, vite limité après quelques mois.
Option 2 — Un logiciel de devis-facturation classique
Batigest, EBP Bâtiment, Henrri, Obat, Codial : ils embarquent les mentions légales, les bibliothèques d'ouvrages, le calcul automatique. Comptez 20 à 50 € / mois selon le logiciel et les options. Le bon outil si vous êtes à l'aise avec un PC et que vous avez une demi-heure tranquille pour saisir.
Option 3 — Le devis dicté à la voix
C'est la logique de Mon Devis Vocal : depuis votre camionnette ou directement après le RDV chez le client, vous dictez le devis en parlant normalement (« 12 mètres carrés de placo BA13, dépose de l'ancien, peinture acrylique deux couches en blanc cassé, 4 heures de main-d'œuvre, déplacement à 25 km »). L'outil structure les lignes, applique vos tarifs, ajoute les mentions légales, et vous sort un PDF prêt à envoyer.
Selon les retours d'utilisateurs, on parle d'un gain réaliste de 1 à 3 heures par semaine sur la paperasse — pas une promesse, une fourchette qu'on rapporte tel quel. Le PDF reste votre document : vous le relisez, vous le signez, vous l'envoyez. La machine ne fait pas le devis à votre place, elle vous évite la saisie clavier et la mise en page.
Pour voir si l'outil colle à votre métier, vous avez deux pages utiles : comment fonctionne MDV qui détaille le circuit dicter → structurer → exporter, et pour qui MDV est fait qui liste les profils types (artisans solo, multi-services, prestataires de services). L'essai 7 jours gratuit sans CB permet de tester sur vos vrais chantiers avant tout engagement (29,99 €/mois ou 299 €/an ensuite — détails sur la page tarifs Mon Devis Vocal).
En conclusion
Si vous deviez retenir trois choses de ce guide :
1. Un devis carré, c'est d'abord un contrat. Mentions légales complètes, prestation détaillée ligne par ligne, conditions claires : c'est ce qui vous protège en cas de litige et ce qui rassure le client à la signature.
2. La TVA, ce n'est pas un détail. Franchise ou pas, taux normal, 10 % ou 5,5 %, attestation client signée : on ne pilote pas à l'instinct, on vérifie à chaque devis. Une erreur de taux peut coûter le différentiel deux ans plus tard.
3. Le bon outil dépend de votre quotidien. Un modèle Word convient pour démarrer, un logiciel devis-facturation pour une activité installée, et un outil de dictée vocale pour ceux qui veulent récupérer leurs soirées. Le meilleur modèle de devis auto-entrepreneur 2026, c'est celui que vous remplissez réellement, sans rechigner, dans la semaine qui suit le RDV.
Action immédiate : ouvrez votre dernier devis envoyé, et passez-le au crible des mentions de la section 2. Tout y est ? Bravo. Il en manque ? Vous savez par où commencer dès demain matin.